Le 14 mai 2026, une activité de dialogue stratégique s’est tenue à l’hôtel Karibe Convention Center, réunissant les autorités politiques du Comité de Pilotage Stratégique (CPS) de la réforme des finances publiques ainsi que les Partenaires Techniques et Financiers appuyant ce processus. Cette rencontre avait pour objet de favoriser une discussion approfondie entre les parties prenantes sur l’état d’avancement de la réforme et les difficultés rencontrées dans sa mise en œuvre au cours du premier semestre de l’exercice 2025-2026. Les échanges se sont articulés autour du thème : « Discussion autour des avancées et problèmes dans la mise en œuvre de la réforme pour le premier semestre de l’exercice 2025-2026 ». La séance a permis de faire le point sur les progrès enregistrés, d’identifier les contraintes persistantes et de dégager des pistes d’amélioration pour renforcer la coordination, l’efficacité et la continuité des actions engagées.
Le représentant de l’Union européenne a mis en avant les progrès réalisés dans la réforme des finances publiques en Haïti, en particulier au niveau de l’administration des douanes et de la Direction générale des impôts.
Il a toutefois relevé plusieurs difficultés persistantes, notamment :
· des retards administratifs ;
· des difficultés de coordination entre les parties prenantes.
En conclusion, il a plaidé pour un dialogue renforcé entre le gouvernement haïtien et les partenaires techniques et financiers afin de mieux harmoniser les interventions et d’optimiser l’utilisation des ressources.
Le directeur général a rappelé que, malgré un contexte politique et sécuritaire difficile, des avancées ont été enregistrées dans la réforme des finances publiques, notamment dans la mobilisation des recettes internes et la modernisation des systèmes.
Il a insisté sur la nécessité d’une coordination étroite entre le ministère de la Planification et de la Coopération externe (MPCE) et le ministère de l’Économie et des Finances, afin d’assurer la cohérence et l’efficacité du processus de réforme.
Il a enfin appelé à transformer les progrès enregistrés en acquis durables, à renforcer la coordination avec les partenaires techniques et financiers et à faire de la réforme des finances publiques un levier central du redressement national et du développement durable.
Le ministre a ouvert la réunion statutaire du 14 mai 2026 en annonçant deux présentations consacrées, d’une part, aux constats issus de la revue des activités du Trésor public et, d’autre part, aux principales difficultés observées au cours du premier semestre 2025-2026.
Il a précisé que le Directeur général du budget, Jean Michel Silin, animerait les débats afin de clarifier les points essentiels et d’identifier des solutions aux difficultés relevées. Il a également indiqué que le coordonnateur de la Commission de réforme des finances publiques et de la gouvernance économique présenterait un bilan des principaux problèmes rencontrés.
La séance devait se poursuivre par des échanges avec les participants, puis se conclure par l’intervention du Secrétaire exécutif du Comité de pilotage, Jean Jacques Boucco.
Le coordonnateur de la Commission a présenté une synthèse du rapport semestriel, en précisant que ce format deviendrait désormais le rythme normal de suivi en raison des difficultés rencontrées précédemment.
Il a rappelé que le plan d’action 2014-2016 poursuivait deux objectifs majeurs :
· la consolidation des fonctions de base des finances publiques ;
· la promotion du budget-programme.
Le rapport met toutefois en évidence une insuffisante prise en compte des réformes fondamentales nécessaires au renforcement institutionnel de l’État. Il souligne également que les initiatives de mobilisation des ressources n’ont pas produit de résultats significatifs au cours du premier semestre 2025-2026.
Les avancées observées ont été présentées dans trois domaines principaux :
· Administration fiscale (DGI) : mise en œuvre envisagée du Code général des impôts, déploiement du système RMS et développement du paiement digital, malgré plusieurs contraintes de mise en œuvre.
· Réforme budgétaire et planification : progression du projet SIGFIP, encore freiné par des difficultés de validation documentaire au niveau du ministère de la Planification.
· Système de contrôle : progrès enregistrés au sein de l’IGF, de l’ULCC et de la Cour des comptes, mais résultats encore insuffisants au regard des objectifs, en particulier pour la CNMP, qui reste à un stade conceptuel.
Le coordonnateur a ensuite mis en évidence trois grandes tendances dans l’évolution de la réforme :
· le passage d’une approche centrée sur le contrôle, dominante dans les années 2000, vers une approche plus globale et holistique après 2010 ;
· le renforcement de la gestion de la trésorerie et de la comptabilité publique, notamment à travers le projet de compte unique du Trésor appuyé par le FMI, ainsi que les collaborations avec Expertise France et la Banque mondiale ;
· l’accent mis sur le changement comportemental, la promotion des compétences et le renforcement de la régulation, y compris par la participation de la société civile via le COCIP et le développement de la formation à travers l’ENAF.
Enfin, il a présenté les grandes lignes de la révision de la stratégie de réforme des finances publiques. Il a expliqué que la stratégie de 2014 était devenue obsolète et devait être adaptée à une logique de résultats, en cohérence avec la LEELF de 2017. Il a indiqué que l’auto-évaluation du système de gestion des finances publiques serait financée par l’État haïtien, avant une révision de la stratégie et du plan d’action pour la période 2027-2029.
Le secrétaire exécutif en charge des réformes transversales a présenté une analyse des principaux obstacles à la réforme, regroupés en trois catégories :
· Contraintes de contexte : fuite du personnel qualifié, baisse de l’assistance technique et détérioration de la situation sécuritaire depuis 2018.
· Faiblesses institutionnelles : insuffisances dans la gouvernance et la coordination des projets, ainsi qu’un manque d’articulation avec la Commission de réforme.
· Insuffisances stratégiques :
o nécessité d’élaborer une nouvelle stratégie fondée sur des indicateurs de résultats, inspirée du cadre d’évaluation PEFA.
o l’absence de mise en œuvre effective du mécanisme de financement interne de la réforme ;
o le manque de suivi et d’évaluation réguliers des plans d’action triennaux ;
Dans son intervention de clôture, le directeur général du budget a souligné que la réforme devait dépasser les changements de personnel politique et s’inscrire dans la durée. Il a rappelé que la disponibilité de cadres qualifiés demeure un enjeu majeur pour la continuité du processus.
Il a conclu en remerciant les participants pour leurs contributions et en appelant à une relance plus dynamique de la réforme, fondée sur une meilleure capacité d’adaptation et une coordination plus efficace des actions engagées.