Loading...
Présentation du Budget citoyen 2025-2026

Atelier National de présentation et de réflexion sur le Budget citoyen 2025-2026

Port-au-Prince, le 29 juin 2026 – Les 24 et 25 juin 2026, le pays a franchi une nouvelle étape dans la transparence budgétaire. En collaboration avec la Commission de Réforme des Finances Publiques et de Gouvernance Economique (CRFP-GE) le Collectif pour le Contrôle de l'Intégrité Publique (COCIP) a organisé un Atelier National de Présentation et de Réflexion sur le Budget Citoyen 2025-2026. Cet événement, financé par la Banque Mondiale, a marqué le passage définitif d'une « transparence passive » à un « engagement citoyen actif ».

Un défi technologique et territorial relevé

L'atelier a relevé un défi logistique d'envergure en se déployant selon un modèle hybride hautement décentralisé. Pendant deux jours, le Hub Central établi à l’Hôtel Montana à Port-au-Prince a été interconnecté en temps réel avec neuf hubs provinciaux situés dans les chefs-lieux départementaux, de Fort-Liberté aux Cayes, en passant par Hinche et Jérémie.

Grâce à une infrastructure robuste incluant des liaisons satellite Starlink et un protocole de modération strict, plus de 300 participants quotidiens ont pu échanger sans latence, permettant à la société civile régionale d'interpeller directement les cadres de la Direction Générale du Budget (DGB).

Jour 1 : Éduquer pour mieux engager

La première journée a posé les fondements conceptuels de la réforme. Edouard Paultre, président du COCIP, a rappelé que le Budget Citoyen n'est pas un simple document administratif, mais un « outil d'émancipation ». L'expertise internationale a d'ailleurs qualifié ce document de « bridge » technique indispensable, représentant le 4ème des huit documents fondamentaux de la transparence internationale.

Un moment fort de la matinée a été la présentation d’une enquête sur les perceptions universitaires. Les résultats sont sans appel : si le niveau de connaissance technique des jeunes universitaires est jugé critique (moyenne de 39/100), leur volonté d’engagement est immense, puisque près de 60 % se disent prêts à s'impliquer dans les réformes de gouvernance.

De son côté, la Banque Mondiale, par la voix de Mme Marieta Fall, a insisté sur la nécessité de systématiser la participation citoyenne tout au long du cycle budgétaire, et non plus seulement au moment de la publication finale.

Jour 2 : Au cœur des arbitrages et de l’influence citoyenne

La seconde journée est entrée dans le vif du sujet avec l’exposition des orientations du Budget rectificatif 2025-2026 par la DGB. Dans un contexte marqué par la dégradation sécuritaire et des tensions géopolitiques, l’État a dû opérer des arbitrages difficiles, privilégiant la sécurité publique (PNH et FAd'H) et les filets sociaux malgré une contraction des recettes fiscales.

Le panel de discussion intitulé « Comment le citoyen peut-il influencer la dynamique budgétaire ? » a réuni des représentants de la DGB, du Ministère de la Planification (MPCE), des économistes et d’anciens parlementaires. Les échanges ont mis en lumière que la connaissance du budget n'est qu'une étape ; le véritable enjeu réside dans la capacité des citoyens à participer dès la phase de cadrage des priorités nationales.

Les attentes fortes de la société civile

Les sessions de questions-réponses ont révélé des préoccupations citoyennes aiguës, articulées autour de trois axes :

  1. L'arbitrage investissement/fonctionnement : Une forte demande a été exprimée pour réduire les dépenses de fonctionnement au profit des secteurs productifs comme l'agriculture et les infrastructures.
  2. La traçabilité des fonds spécifiques : Les participants ont exigé plus de clarté sur la gestion du Fonds National de l’Éducation (FNE) et du Fonds d’Entretien Routier (FER).
  3. L'accessibilité linguistique : Bien que simplifié, le document doit encore être davantage vulgarisé en créole pour garantir une appropriation par toutes les tranches de la population.

Conclusion et Perspectives

L’Atelier National de juin 2026 ne fut pas qu’un simple événement, mais une démonstration de force de la démocratie participative en Haïti. Parmi les recommandations clés pour l'avenir, les participants et les experts plaident pour l'institutionnalisation d'un bureau dédié à la participation citoyenne au sein de la DGB et la pérennisation de ces espaces de dialogue.

Comme l'a conclu l'expert Ngounou Charlie Martial : « Un citoyen informé est un citoyen libre ». Haïti semble désormais sur la voie d'une gestion des finances publiques où le citoyen n'est plus un simple spectateur, mais un gardien vigilant du bien-être collectif.